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Publié le par Optimum training system

Plus de 30 % des Mexicains souffrent d'obésité

 

La photo - un ventre débordant contenu par les deux mains de son propriétaire - est aussi éloquente que la légende : "Un très gros problème". L'Institut mexicain de la Sécurité sociale (IMSS) s'attaque, dans une campagne très médiatique, à l'épidémie d'obésité qui frappe le pays, cause de maladies comme l'hypertension et le diabète. Les chiffres sont alarmants : 30 % des adultes, soit 44 millions de Mexicains, souffrent d'obésité, tandis que 40 % ont un poids excessif. Les soins médicaux engendrés par le surpoids absorbent 21 % du budget de la santé publique.

Le Mexique a atteint le deuxième rang mondial, après les Etats-Unis, pour l'obésité. Il est aussi le deuxième plus gros consommateur de boissons gazeuses sucrées, derrière son voisin du Nord. Une partie de l'opinion mexicaine y voit une relation de cause à effet et réclame des mesures contre la comida chatarra (malbouffe). Mais les pouvoirs publics hésitent à affronter de puissantes entreprises : Coca-Cola réalise au Mexique 15 % de son chiffre d'affaires, et sa filiale, la Femsa, y emploie près de 65 000 personnes.

Si 24 % de la population rurale du Mexique (13,8 % de la population globale) connaissent encore la pauvreté alimentaire, les adultes, qui ont "survécu dans leur enfance à la malnutrition", auront une forte propension à devenir obèses, souligne le chercheur Arturo Jimenez, de l'Université autonome de Basse-Californie. Ce paradoxe s'explique par des mécanismes d'adaptation qui accroissent l'efficacité énergétique des aliments après les périodes de privation, mais aussi par le fait que les pauvres ont souvent recours à une nourriture industrielle de médiocre qualité, moins chère que les produits frais.

BOMBE À RETARDEMENT

Depuis quinze ans, relève Hector Bourges, directeur de la nutrition à l'Institut national des sciences médicales Salvador-Zubiran, les Mexicains ont diminué de 30 % leur consommation de fruits et de légumes, et de 20 % celle des produits laitiers, alors que la consommation de boissons gazeuses a augmenté de 40 %. Soit un marché de 15 milliards de dollars par an, auquel les familles les plus démunies sacrifient 7,3 % de leurs revenus, selon l'Institut national de statistiques.

Certains croient que les refrescos (boissons gazeuses) se sont imposés dans les milieux populaires après l'interdiction - pour des raisons d'hygiène - des pulquerias, ces bars rustiques où l'on venait acheter le jus fermenté des agaves, plus riche en protéines. La seule certitude, rappelle Miguel Angel Carrera, responsable de l'information à l'IMSS, est que "les Mexicains (ont) une prédisposition génétique très marquée au diabète de type 2 (souvent lié au surpoids), qui a été mise en évidence par le déchiffrement de notre génome" - résultat d'un métissage entre populations européennes et indiennes. Le refresco tant prisé au Mexique est donc une bombe à retardement.

Rares sont ceux qui osent le dire. L'association civique le Pouvoir du consommateur a publié les résultats d'un contrôle des publicités diffusées durant les programmes de télévision les plus regardés par les enfants. Ceux-ci sont soumis en moyenne à 39 spots par heure, dont 17 pour des aliments "non recommandables", selon la réglementation en vigueur (contre 12 en Australie et 11 aux Etats-Unis). L'association a obtenu le retrait de publicités abusives de Kellogg's et de Nestlé. Mais les tentatives des députés de gauche pour restreindre la publicité de comida chatarra se sont heurtées à la résistance du Parti d'action nationale (PAN, droite, au pouvoir), proche des entreprises.

Conscientes que le vent tourne, les firmes s'efforcent de promouvoir des programmes éducatifs vantant de "saines" habitudes alimentaires : PepsiCo (propriétaire des marques Quaker, Gamesa et des chips Sabritas) a signé un accord avec le ministère de l'éducation, comme Coca-Cola, pour encourager l'activité sportive après la classe. Ces stratégies visent à éviter, à terme, une interdiction de la comida chatarra dans les écoles.

 

Joëlle Stolz

Article paru dans l'édition du Monde du 01.11.07

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